Un homme va dans un cimetière

Un homme va dans un cimetière fuir le bruit et la chaleur de la rue. Comme la pente est assez forte il doit commencer par redoubler d’énergie s’il veut profiter de l’ombre que donne gratuitement la rangée d’arbres devant lui. Il sent la sueur lui dégouliner sur le visage, dans le dos, le long des jambes sous son pantalon. Mais l’effort lui fait du bien, il est en train de reprendre contact avec lui-même. Plus encore que d’ombre et de fraîcheur, il avait besoin de sentir la résistance des choses. Le fait est que la pente lui donne du fil à retordre. La terre est sèche, avec ses semelles lisses il a très peu de prise. Et puis on dirait que plus il avance et plus la pente devient forte. Il irait sans doute plus vite et plus sûrement s’il y mettait les mains mais dans son costume de mariage ce serait mal commode. Et puis il ne veut pas se donner l’air encore plus ridicule qu’il n’est déjà, il le sent bien. Parce que bien sûr, plutôt que d’escalader, il aurait mieux fait de prendre le petit escalier en pierre. Il ne peut plus le rejoindre maintenant, pour cela il lui faudrait se déplacer latéralement sur la pente et ce serait la dégringolade assurée. Il n’a plus d’autre choix que de continuer. Mais bientôt la pente est la plus forte et s’il doit maintenant mettre les mains quand même, ce n’est pas pour s’aider à grimper, c’est pour ne pas chuter. Il est complètement coincé. Il ne tient plus que par la pointe de ses chaussures et ses dix doigts agrippant ce qu’ils peuvent. Il a pour ainsi dire le nez collé à pente, quand il remue la tête de la terre se colle à ses joues, son front, son menton. Il en a plein la bouche, plein les narines. Il est en train de se mettre dans un sale état et il le sait. Bientôt il ne ressemblera plus à rien.